La vérité n'intéresse pas la plupart des gens

Notre cerveau fait tout pour conforter nos certitudes et nos opinions existantes: c'est ce que révèlent des études récentes sur le cerveau.

Tout le monde ne cherche pas nécessairement la vérité et n'a pas forcément envie de la trouver: c'est juste une stratégie d'autoprotection - la preuve en est le constat que certaines personnes avec qui on discute n'ont jamais osé se poser certaines questions... Attaché(e) à la vérité ? Plutôt à des certitudes rassurantes, sans chercher à savoir si elles sont légitimes: cela ne gêne pas grand monde que certaines explications soient ad hoc, faites sur mesure pour correspondre à un courant de pensée ou autre, sans s'occuper de la cohérence du sujet pris dans son ensemble.

Il y a aussi ceux qui sont manipulés... en fait, la plupart se laissent manipuler: vous aurez beau les avertir, ils trouveront des tas d'excuses pour rester dans leur prison. Au lieu de sortir de leur prison (la porte est ouverte...) il la décorent, y écoutent de jolies musiques, aiment à entendre des choses agréables. Ceux qui se sont déjà fait leur opinion et s'y sentent confortablement installées ne changeront pas: vous aurez beau leur mettre le nez sur des preuves ou sur leurs propres contradictions, ils n'en démordront pas. Quand à vous, qui mettez en garde contre les manipulations, on vous fera dire ce que vous n'avez jamais dit, on vous montrera du doigt, on vous attaquera directement (et non pas vos idées), on vous étiquettera, vous casera dans une catégorie - on ira même jusqu'à vous fermer la porte au nez...

Identifier et comprendre un manipulateur

Quelques points qui permettent d'identifier et comprendre le "manipulateur" :

Il change de sujet ou s'échappe : au cours d'une conversation, il change totalement de sujet sans crier gare. Pour esquiver une question qui le mettrait mal à l'aise ou le mettrait à jour, il change de sujet comme s'il n'avait pas entendu la question. Déroutant, il peut également s'échapper en quittant la discussion ou la rencontre.

Il provoque un sentiment de non-liberté, se rend indispensable : vous ne pouvez pas vous séparer de lui, même si vous savez qu'il est malaisé de l'avoir comme ami, relation ou collaborateur.

Il rapporte tout à lui-même d'une façon très naturelle, sa nature égocentrique demeure profonde : il veut être le gourou. Il est alors d'une efficacité remarquable pour atteindre ses objectifs aux dépens des autres.

Il ne communique pas clairement, nie les évidences : il fait en sorte que sa "proie" soit perpétuellement en train de chercher à le comprendre - c'est pour ce motif qu'il répond souvent de manière à entretenir l'ambiguïté.

Il utilise les menaces cachées ou le chantage ouvert : il peut tout aussi bien user des menaces de manière déguisée que du chantage ouvert. Dans les deux cas sa cible doit se plier à ses exigences.

Il est incapable de se remettre en cause ou de demander pardon (sauf par stratégie). Il s’inscrit dans un déni de réalité. Et le dialogue pour dépasser les conflits tourne à vide : il culpabilise sa victime en inversant les rôles - en reportant sa responsabilité sur sa cible, il la pousse à admettre qu'elle seule est responsable d'une situation. Se défausser de ses torts est une spécialité du "manipulateur", ainsi que diviser pour mieux régner : il sème la zizanie tout en cultivant la suspicion dans l'optique d'obtenir ce qu'il désire.

Pour lui vous devez être parfait : vous devez tout savoir et réagir à ses demandes au quart de tour. Cela lui permet d'utiliser le dénigrement permanent et les humiliations quotidiennes. Il critique et dévalorise : il insinue le doute sur vos qualités, vos compétences et plus généralement votre personnalité. Avec lui la personne que vous croyez être aura peu à peu perdu toute importance. Vous devenez banal, inintéressant, voire inférieur.

Il vous fait perdre vos repères : avec lui, votre esprit devient confus, il retourne votre cerveau. Il use d’injonctions paradoxales et contradictoires : la cible perd ses repères, son esprit devient confus, même quand il est des plus brillants. Paul-Claude Racamier (inventeur de la notion de "pervers narcissique") parle d’un véritable "détournement de l’intelligence". Etre victime crée une énorme confusion mentale. Un bouleversement émotionnel qui empêche toute pensée fluide, rationnelle.

Lors de phases de dénigrement, de rabaissement, il vous vide de votre énergie : le caractère injustifié de son attitude vide l'énergie de sa victime qui ne sait jamais comment agir. Vous souffrez, vous êtes psychologiquement mal - cela peut même avoir des conséquences sur votre santé physique ou mentale : sommeil difficile, démotivation, déprime.

S'il devient soudainement attentionné, c'est qu'il aura une demande à faire qu'il fera passer pour votre bien-être alors qu'il agira dans son propre intérêt. En faisant croire qu'il comble l'un de vos besoins ou par une action de gentillesse, il n'agit que dans son intérêt.

On parle de lui : il fait constamment l'objet des conversations, même lorsqu'il n'est pas présent.

C'est un adulte qui a les mêmes réactions qu’un enfant de 5 ans, un enfant roi, admiré, respecté et craint.

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A leur contact, un malaise s’installe. Et leurs victimes entrent dans une spirale infernale de culpabilisation et de dévalorisation. Véritables dangers pour notre intégrité mentale, les manipulateurs sont des personnalités narcissiques qui représentent, selon Isabelle Nazare-Aga, auteure des Manipulateurs sont parmi nous (éditions de l’Homme, 1997), 2 à 3% de la population. Nous sommes donc tous amenés à croiser un jour, si ce n’est pas déjà fait, une personne atteinte de cette pathologie. « Souvent, j’entends dire qu’après tout, nous sommes tous un peu manipulateurs. Non, de la même façon que l’on ne peut pas dire que nous sommes tous des menteurs ou des schizophrènes. Il y a une grande différence entre faire de la manipulation de temps en temps et être manipulateur. » La raison d’être de ces derniers ? « Se rendre valables en nous écrasant pour se sentir supérieurs. Ils sont comme des virus. Ils distillent le mal auprès de plusieurs victimes à la fois. Vous n’êtes qu’un pion sur lequel ils s’appuient pour se valoriser ».

Isabelle Nazare-Aga qualifie de manipulateur un individu qui agit selon ces critères : culpabilisation, critique et dévalorisation des autres, report de sa responsabilité sur eux, communication floue, changement fréquent d’opinions, etc. « Si vous avez le sentiment de ne plus être libre, si vous parlez constamment d’une personne quand elle n’est pas là, et si en sa présence, vous n’êtes pas serein, ou que vous vous comportez comme un petit garçon ou une petite fille et plus comme un(e) adulte, vous avez probablement affaire à un manipulateur. De même pour ces gens dont vous mettez cinq jours à vous remettre d’un simple appel de leur part. »